Publié dans Les plumes 47 de m z elle Aspho

Les plumes 47 de m’zelle Aspho

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Quel plaisir de participer à nouveau au concours des Plumes d’Asphodèle ! Ce mois-ci, un thème :

chabada

Et une liste de mots :

 liste

Et débrouille toi, mon grand ! J’espère avoir respecté toutes les règles, car M’zelle Aspho est in-trai-ta-ble sur le règlement. J’ai donc pris ma plus belle plume pour les 1 231 mots ici présents. Oui, je sais. Pour une fois, j’ai fait long.

Et pour m’amuser un peu, en pleine contravention assumée, j’ai ajouté, pour les gourmets, sur un clin d’œil à Claude Miller, les films de Lelouch ( source Allociné ) 😉

Garde à vue.

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  50425716_p  ( énervé et écrasant une cigarette ) : Messieurs, il ne faut pas me la faire, parce que moi, je connais la musique, et mes classiques aussi figurez-vous ! Hommes, femmes, modes d’emploi, à ma sortie de stage on me surnommait le Géant de Suède, c’est dire !

gp  ( penaud ) : Il faut nous comprendre, Monsieur l’Inspecteur. On ne se voit pas souvent, mais le pire, c’était Mazelot !

PHIL : ( menaçant ) Qu’est-ce qu’il insinue l’interné d’chez ma Sœur de Nogent ?

gp  : Voilà ! Tout a commencé comme ça. Phil est resté coincé dans les années 30 et avec le Président qui est dur d’oreilles, ça fait un baragouinage douteux quand ils s’expliquent. Tout devient sujet à confusions vers la cinquième bière.

pdt ( tendant l’oreille avec la main ) : Un bar à gouinage ? Où ça ? Dans les clandés, les boites à touze ou à hôtesses, j’suis incollable. Un homme et une femme, je sais mettre de l’huile dans tous les rouages. Jamais un grain de sable !

50425716_p ( siffle et opine du chef ): Pour un homme politique, c’est distingué. Votre père était au courant de votre petite réunion de famille ?

PHIL : Bien sûr que non ! Remarquez, je vais pas me plaindre que notre taulier nous embastille dans ces romances, mais…

pdt: C’est vrai, je ne me plains pas non plus ! Passer de main en main, moi, ça m’émoustille. Surtout que papa Thiébault, il n’a essentiellement que des lectrices.

gp ( excité tout à coup, les yeux exorbités ) : Et des petites jeunes ! Quand j’ai vu qu’il allait me caser avec une vieille dans son roman, j’ai d’abord refusé. J’ai un standing. Mais lorsque j’ai vu son lectorat… Quand il écrit une histoire d’amour sur un homme et une femme, vingt ans déjà les séparent au minimum, alors j’ai rêvé jusqu’au bout que pour moi, il en trouverait une…

50425716_p ( tapant du plat des mains sur le bureau ) : Mais c’est pas fini, dites, cette comédie, hein ? Le numéro de duettiste, « Robert et Robert », vous le servirait à d’autres.  Et celui-ci avec son air pincé et ses remarques mièvres, « J’ai un standing ». Vous avez pensé à votre père et à votre « standing », hier soir ? Tous les trois, ramassés totalement bourrés sur une plage. Et à Deauville, en plus ! Et puis, c’est pas fini. Il a fallu que Môssieu le Président nous gueule dans les oreilles son « Chabada » jusqu’au ballon. Une chanson d’espoir en somme ?

pdt ( regardant ses chaussures ): On venait d’apprendre que Papa allait avoir un roman adapté au cinéma. On a improvisé une réunion de famille… et j’ai eu comme une inspiration.

PHIL  ( ne tenant plus sur sa chaise et désignant le Président ) : Tout est parti en vrille quand  il a voulu décerner le César de la meilleure actrice. Cet imbécile a parlé de la Mère Bouffe-Lingot. Alors moi, vous comprenez… En plus, le fait de ne pas savoir si c’était mon personnage qu’on adapterait au final, c’était un peu comme promettre l’amour avec des « si ».

pdt ( exalté puis vindicatif ) : Landru ! La mort avec des scies, c’est lui. Et alors ? Entre l’autre qui batifole avec une vieille et mes liaisons avec des poulettes en formation continue, la Marie-Angèle, c’est une valeur sûre, non ?

50425716_p ( exaspéré ) : On vous a sonné, vous ?

pdt ( résigné ) : Ah ! Si vous le prenez comme ça . Je passe 13 jours en France entre deux sommets d’Etat et je me retrouve au violon. S’il n’y a même pas d’égalité du temps de parole en garde à vue…

PHIL ( très volubile ) : J’suis pas une guimauve comme Armand, moi ! Ni même un amoureux en trois minutes, douche comprise, comme le Président. Vivre pour vivre, c’est pas mon truc. Avouez quand même que décerner le César de la meilleure actrice à une maquerelle qui vous astique le manche à balai comme un essuie-glace en poils de chiendent, et avec le sourire dans la main en plus, franchement, c’est…

50425716_p  ( se passant la main derrière la nuque, l’air embarrassé ) : Oui, bon, ça va… Encore que, à Saïgon, j’ai connu une asiat’ moitié slave moitié périgourdine qui avait les dents du bonheur tellement écartées qu’on l’avait surnommée « Bolchoï ». Enfin, bref, on est loin du Vietnam et pas réunis ici pour évoquer nos souvenirs de rizières. Je lui dis quoi à votre père sur votre beuverie en bande organisée avec karaoké à trois heures du mat’ ?

gp : C’est gênant. Surtout qu’il nous dit toujours de se tenir à carreau : « Vous comprenez, avec tous ceux qui m’éditent et me harcèlent en permanence, il y a des jours et des lunes que je vise enfin la bonne année ! Alors, le chat et la souris, le bon et les méchants, j’ai l’intime conviction, hasards ou coïncidences, que c’est chacun son cinéma et que mes romans de gare, il faut le courage d’aimer. Tout ça… pour ça ! » Enfin, un truc dans le genre de ces amours-là, je vous le fais à la louche.

50425716_p ( allumant une cigarette) : Ouais. En somme, dans la littérature, c’est « aux manchots les mains pleines« , comme dirait Lelouch.

PHIL : Papa, il dit aussi qu’il a l’itinéraire d’un enfant gâté dans l’écriture. La vie, l’amour, la mort, c’est mieux que les séries que proposent les USA en vrac.

 50425716_p ( énervé et tirant une énorme bouffée ) : Ben voyons. Viva la vie, partir revenir et l’aventure c’est l’aventure, vous me direz que c’est le propre de l’homme pendant qu’on y est ! Manque plus que Cosette et on se refait les Misérables.

pdt  ( résigné) : D’un film à l’autre, un + une, ça reste la lumière et la compagnie des grands moments qu’on aime, nous autres les Parisiens. Remarquez bien que, pour moi, la belle histoire, enfin le meilleur scénario, ça reste une pour toutes ou les uns dans les autres, ou un truc dans le genre, mais bon… Si c’était à refaire, rien qu’à nous deux, je serais un autre homme, une autre chance pour lui.

50425716_p  ( se levant d’un bond et tournant autour du bureau ): Les trémolos et les remords de circonstance, j’en ai jusque-là ! N’aviez qu’à y penser a-vant.

pdt ( songeur ): Non, des navets, quand j’y pense, il n’en a pas écrit tant que ça.

gp : Sûr ! Et avec nous, c’est le mariage de toute une vie. Tu as des personnages qui ont moins de chance que nous. Tout de suite, on leur balance une fille et des fusils dans les mains. Vous voyez, la femme spectacle avec un homme qui me plaît moyen. Papa Thiébault, c’est certainement pas pour un maillot jaune qu’il se battra, mais…

PHIL  ( relevant son chapeau pour le saluer ) : Tu l’as dit, Armand ! Papa, c’est pas un cador dans les étapes à points ou dans le sprint final, mais comme meilleur grimpeur… Et il faut voir ce qu’il exige de nous ! Des jeunes, des vieilles, des moches, des mal fichues du cérébral et du vertébré… Limite le voyou, quand même, quand il me met à la colle avec Moutiers dans toutes les maisons à lanterne de Paname… moi, j’dis, attention bandits !

50425716_p ( se rasseyant lentement en applaudissant, puis regardant sa montre ) : September 11, midi. And now… Ladies and Gentlemen, c’était un rendez-vous à la smic-smac-smoc sur les deux joues, une partie de châteaux de sable normande abracadabrantesque pour laquelle je vous remercie, mais je lui dis quoi, moi, à votre papa Thiébault, hein ?

PHIL      pdt       gp     :    Salaud, on t’aime !

 *****

Voilà ! Fini pour aujourd’hui.

Un énorme merci pour votre fidélité en 2015 et pour ces photos d' »Hospice & Love » que je croise ici ou là 😉 Cela fait chaud au cœur.

Je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année ! Portez-vous au mieux, mangez trop, buvez trop et… soyons solidaires autant que faire se peut. Je vous claque la bise bien entendu 😉

 

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Auteur :

Auteur chez les Editions du 38 et Hugo Roman. Je vous accueille avec grand plaisir !

38 commentaires sur « Les plumes 47 de m’zelle Aspho »

  1. Quelle culture cinématographique Lelouchienne 😀 Et tout cela mis à la sauce Plumes Asphodisiaque ! Du grand art, du 7ème d’ailleurs, comme aurait dit Ricciotto Canudo !
    Bonne fin d’année, que la prochaine commence en toute splendeur !

    1. Merci Martine ! Je n’ai pas de mérite, j’ai tout fait à la louche. Quoique, après 50 ans de carrière, ça fait une sacrée ménagère ! Je te souhaite également d’excellentes fêtes de fin d’année et au plaisir de se croiser à nouveau… en 2016 😉

    1. Merci Dominaco ! Oh oui ! Bonne fêtes à toi aussi. Je viens te rendre visite avec grand plaisir dès que j’aurai terminé les gentils commentaires ( pour l’instant lol ) que vous m’avez tous offerts. Au plaisir !

  2. Ho ha ho !!! Du Lelouch à la louche c’est ça ??? 😆 Quelle mémoire et tes dialogues avec tes propres personnages sont extras ! J’ai hâte de commencer Hospice and Love, y retrouver ta gouaille ! Je lui souhaite de Joyeuses Fêtes en librairie (qu’on lui fasse la fête disons^^) et un Joyeux Noël à toi ! Merci pour cet exercice réussi et terriblement thiébautesque ! 😆

    1. Justement, je viens de dire à Célestine que j’aimerais en faire bien plus, mais je n’ai pas assez de temps. Pour « Hospice… », il me tenait à cœur de t’adresser, enfin ! , un « vrai » livre. Non pas que ceux que je commets par ailleurs soient des faux, mais celui-ci est le plus traditionnel qui soit. J’ai même demandé à Franck Spengler qu’il soigne la police pour que tes yeux ne soient pas fatigués en le lisant et que le papier soit suffisamment épais pour que tu ne penses pas qu’on l’édite au rabais. Pardon ? Oui, je force un peu le trait… mais dans l’esprit, j’étais pas loin ! A la veille de dépouiller la dinde, je te souhaite donc des fêtes sous les meilleurs auspices et je t’embrasse affectueusement, car je n’ai jamais oublié tes premiers conseils sur la perfection et le soin que l’on devait apporter à l’écriture. Hospice and Love n’est pas parfait, mais il est sans doute le moins imparfait de mes romans 😉

  3. Un festival, cher Thiébault !
    On ne sait pas par où commenter…Miller, Ventura, et ton personnage sur la couverture d' »Hospice and love » qui ressemble furieusement à Jean-Luc Bideau…Bref, des dialogues jubilatoires et très réussis. Et au final, plus de mille mots qui se dévorent en moins de deux.
    Je suis contente d’être passée par ici ce matin.
    Bises noëliennes
    ¸¸.•¨• ☆

    1. Oh ! ( Oh ! Oh ! – c’est de saison ), merci chère Célestine. Si j’avais le temps, je ferais beaucoup plus de ces rendez-vous que j’adore ( je crois que cela se ressent mdr ! ) Merci d’être passée et je viens te rendre visite en croisant les doigts pour que ton Dieu hébergeur me donne un droit d’accès. Joyeuses Fêtes !!!

  4. Je crois qu’émoustille n’était pas dans la liste, mais il colle bien au contexte 🙂 Jolis dialogues et illustrations de choix ! (c’est marrant cette manie qu’on a de chercher SON mot !)

    1. Merci Monesille ! Dans mon élan, j’aurai ajouté des mots supplémentaires 🙂 J’espère qu’il a bien été servi TON mot ! Je te souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année et au plaisir de te retrouver en 2016 😉

  5. j’ai bien ri et apprécié cette lecture 😉 et le « bar à gouinage » rentre comme en écho à ma lecture de la semaine : Vian avec « Elles ne se rendent pas compte »
    Bon week end 😉

  6. Les dialogues sont accrocheurs et j’admire le travail d’équilibriste, quelle gymnastique ! Belle fêtes de fin d’année! Thiébault 🙂

  7. On ne peut pas boire un ou deux coups à Deauville ? Ah bon ? Pourquoi ?
    Je l’ai reconnu le vilain bonhomme avec son bandeau sur les yeux ! Juste une question : Francis va bien ? 😀
    Hospice & Love est commandé… depuis 5 minutes 😉
    Bonne soirée.

      1. je viens de recevoir le livre, il me plaira très certainement, j’ai failli faire cramer les pommes de terre en commençant ma lecture alors que j’étais la déléguée en cuisine ce matin 😀 Bonne journée.

  8. Un texte très enlevé, bravo ! Ou plutôt, un interrogatoire très enlevé.
    Faire des bêtises à Deauville, franchement… Tout pour se faire remarquer ! Tant que ce n’était pas au beau milieu du festival du film américain…
    Bonnes fêtes de fin d’année !

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